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Une parenthèse pour écrire

Incipit et explicit

Seule consigne à respecter un incipit et un excipit.

Ton écrit aura :

pour incipit : « Jeanne ayant fini ses malles, s’approcha de la fenêtre… »

pour explicit : « si elle avait besoin de quelque chose, elle se l’achèterait, voilà tout ! »

Jeanne a fini de remplir sa malle de voyage. Elle s'approche de la fenêtre et regarde à travers les carreaux embués les réverbères qui, les uns après les autres s’allument. Le soir tombe sur la ville. Le flot de voitures se calme maintenant, juste quelques klaxons impatients.

Assise sur un siège prêt de la fenêtre, elle scrute le bout de la rue. Elle attend son taxi. Il est en retard mais elle a encore le temps. Son train doit partir à 19h 30. Elle suit des yeux les passants impatients de retrouver la chaleur de leur foyer. Elle envie leur fébrilité et leur joie de replonger dans la sérénité d'une famille.

Elle a connu ça naguère mais c'était avant. Maintenant elle est seule, isolée de tout et solitaire comme un sanglier au fond d'un bois obscur. Elle se concentre à nouveau sur son futur déplacement et sur sa malle qui contient toute sa vie. Non je n'ai rien oublié, tout est là-dedans, dit-elle tristement à voix haute. Elle avait l'habitude de ces voyages, de ces départs impromptus comme celui qui se prépare maintenant.

Elle regarde la chambre qu'elle occupe depuis quinze jours comme une prisonnière, avec un gardien qui lui colle à la peau comme son ombre. Elle est un témoin protégé et, un agent de police armé, est en faction devant sa porte et la suit dans tous ses mouvements. Ils sont deux à se relayer devant cette porte et dans tous ses déplacements.

Elle regarde à nouveau à travers la fenêtre. Dehors, tout est calme, pas de piétons sur les trottoirs, aucun véhicule sur la chaussée. Les vitrines des magasins s'illuminent, les commerçants plient boutique. Tout devient silencieux.

Soudain, une grosse voiture noire s'engage dans la rue à vive allure et pile devant la grosse porte en bois en bas de chez elle. Jeanne se lève, paniquée, son ange gardien est parti acheter des cigarettes à deux cent mètres et elle ne le voit pas revenir. Tétanisée, elle entend la portière qui se referme, elle sait que quelqu'un est sorti du véhicule.

Une angoisse la tenaille, elle tremble de tout son corps. Elle sait, elle sent qu'il monte les escaliers. Elle se trouve au 3eme étage. Elle attrape sa malle, trop lourde pour ses cinquante kilos. Elle la lâche, renonce. Malgré la panique qui l'envahit, elle arrive maintenant à réfléchir.

Elle prend son petit sac à main avec ses papiers de fausse identité, le peu d'argent qu'elle possède et sort en courant de l’appartement.

Elle se jette dans la gueule de l'escalier et dévale les marches. Ses pas sont feutrés et sa descente est discrète et rapide.

L'homme est plus lourd, plus lent, il est toujours au 1eétage et inspecte tous les noms affichés sur les portes des appartements.

Elle s’éclipse dans un recoin du deuxième étage, il passe à un mètre d'elle, Elle peut sentir son odeur, un mélange de tabac et d'eau de toilette parfumée à la lavande. Elle ferme les yeux et entend les pas lourds qui s'éloignent.

Elle dégringole jusqu'au rez de chaussée et ouvre la porte en bois, ça y est-elle est dehors, elle respire. L'air frais lui fait du bien. Pourtant elle grelotte, elle a oublié son blouson chaud.

Elle court dans la rue paisible, La peur la tenaille, Elle galope à l'ombre des lampadaires et se retrouve sur un grand boulevard animé. Elle ralentit son allure et se fend dans l'énergie environnante des badauds insouciants qui déambulent autour d'elle.

Elle respire le goût de la liberté. Son corps se détend, ses muscles se relâchent. Elle sourit à la vie. Elle entre dans le premier bus ; à l’intérieur une chaleur agréable la rassure. Personne ne la suit A travers la vitre, elle observe la ville animée et les boutiques illuminées de décorations de Noël.

Elle s'installe sur le premier siège en enlaçant son petit sac. Elle ferme les yeux. Une larme qu'elle n'a pas su retenir, perle et ruisselle sur sa joue. Son regard accroche les différents magasins enrubannés de guirlandes.

Pour la première fois de sa vie, elle sera seule pour Noël : sans sa fille, sans ses parents. Eux aussi sont protégés mais séparément.

Une douce musique emplit la rue, un chant de Noël. Elle apprécie cet instant magique. La peur est partie. Il reste la nostalgie. Ses pensées s’envolent, loin d'ici vers des souvenirs heureux au milieu des siens. C'est ça la magie de Noël.

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